Kolwezi: les enfants éventrent les rails à la recherche du « vert d’eau »

Kolwezi: les enfants éventrent les rails à la recherche du « vert d’eau »

À Kolwezi, dans la province du Lualaba, la quête du « vert d’eau » laisse des traces profondes. Chaque matin, des dizaines de jeunes se rendent clandestinement le long du corridor de Lobito. Munis de pioches et de barres de fer, ils creusent sous les rails à la recherche de résidus de minerai.

Jeane, une fillette de 11 ans, a accepté gentiment de nous parler en échange d’un petit sachet de biscuits. « Comme nous sommes en vacances, nous venons chaque matin ici pour chercher le vert d’eau », explique-t-elle. Pendant que son grand frère nous révèle l’utilité de ce qu’ils font avec l’argent. « Le vert d’eau nous aide à préparer notre rentrée scolaire », précise Petit Patrick.

En effet, les vacances scolaires ne riment ni avec jeux ni moins encore avec repos dans cette partie du Lualaba. C’est une période de travail pour les plus jeunes enfants issus des familles modestes. Comme dans les carrières minières chaque matin à Kolwezi, des adolescents se rendent le long des voies ferrées pour récupérer le « vert d’eau ». Il s’agit des résidus de cuivre ou cobalt tombés des wagons de transport de minerais depuis l’époque coloniale. 

Chaque matin, ces enfants scrutent le sol des rails. Ils utilisent des pelles ou une barre de fer, des balais avec de petits sacs et des seaux. Leur objectif est de récupérer ces fragments de minerai de cuivre. Parmi ces enfants, certains sont âgés d’à peine dix ans. D’autres sont des adolescents, filles comme garçons. D’ailleurs, certains d’entre eux travaillent en famille. Chaque jour ils creusent sur le ballast entre les traverses de l’emprise ferroviaire et le long de la voie ferrée jusqu’à éventrer les rails du chemin de fer. Par ailleurs, on trouve des trous creusés jusqu’à un demi-mètre de profondeur dans certains endroits.

 

Un danger pour les rails

Cette activité n’est pas sans conséquences. Car les rails sont saccagés, les traverses sont systématiquement détruites. En même temps, les attaches comme les boulons et les plaques sont anéanties. Les éclisses sont aussi endommagées et le ballast, ou couche de pierres concassées qui stabilisent la voie, est retiré loin de la voie ferrée. Pendant ce temps, ces jeunes sont eux-mêmes exposés aux poussières toxiques générées par les minerais en poudre sans aucune protection.

Ces jeunes connaissent pourtant les dommages qu’ils causent avec le risque de créer des déraillements sur la voie ferrée. Malgré cela, ils poursuivent l’exploitation et sont toujours vigilants et en alerte. Ces enfants sont prêts à prendre la fuite en cas d’intimidation des passagers. Cependant, un groupe que nous avons trouvé non loin de Musompo Maison, à l’entrée de la ville de Kolwezi, dit n’avoir pas le choix à l’approche de la rentrée scolaire.

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Certains citoyens conscients du danger pensent qu’il y a nécessité de protéger les rails. C’est comme ce chef de quartier qui s’est improvisé avec son équipe pour faire la police à la protection du chemin de fer sur le tronçon Musompo. « Nous sommes obligés de nous lever chaque jour pour faire le tour du chemin de fer entre 5 h et 8 h. « Notre objectif est de chasser les enfants qui cherchent le vert d’eau sur les rails en les détruisant. » Raconte Delphin Mumba, chef du quartier Mwana Bute.

Le circuit discret du vert d’eau

Ce vert d’eau brut, souvent en poussière, riche en teneur de cuivre ou de cobalt, est collecté sur les rails, trié et mélangé avec les terrils. Mais, aussi avec un peu d’eau pour booster le volume ou ajuster la teneur. Après cette opération, le produit est acheminé directement au centre de négoce de Musompo Maison. C’est ici que les négociants achètent officiellement les minerais issus de l’exploitation artisanale. Le kilo de ce vert d’eau coûte un demi-dollar américain. Malgré le processus kilométrique, ces enfants maîtrisent parfaitement le circuit.

Par ailleurs, ces minerais sont mélangés dans d’autres cargaisons en provenance des zones d’exploitation artisanale. Ils sont ensuite achetés par les négociants. Ces derniers aussi, à leur tour, mélangent ces produits et les acheminent dans les usines de traitement. Enfin, C’est la réalité de l’exploitation du cuivre et du cobalt dans l’arc cuprifère de la RDC. L’exploitation de vert d’eau sur le rail, c’est aussi le défi du corridor de Lobito.