Katanga : des creuseurs artisanaux asphyxiés par des multiples taxes

Katanga : des creuseurs artisanaux asphyxiés par des multiples taxes

De la sortie des puits jusqu’aux comptoirs et aux entités de traitement, les creuseurs artisanaux franchissent plusieurs points de contrôle. À chaque étape, des frais sont exigés. Certains sont prévus par la réglementation. D’autres, par contre, sont jugés illégaux par les exploitants artisanaux. Dans son rapport publié au mois d’août, l’institut Ebuteli qualifie cette situation d’anarchie. Pour lui, des prélèvements se font même sur des minerais extraits illégalement.

Au Lualaba comme dans le Haut-Katanga, dès qu’un sac de minerai sort d’un puits d’un site artisanal, c’est le début du calvaire pour le creuseur. Les petits volumes sont notamment transportés dans des sacs à moto ou à vélo. Pour les chargements plus importants, le transport se fait par camion, avec des capacités pouvant atteindre 25 à 45 tonnes.

Cependant, le minerai ne passe pas directement des puits aux entités de traitement. Il transite par une succession d’acteurs. Il s’agit notamment des négociants, des comptoirs, des dépôts d’achat avant d’atteindre des installations de traitement.

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Des services publics présents à plusieurs étapes

Selon les creuseurs artisanaux, plusieurs services publics sont présents à différents niveaux de traçabilité. « Il y a de multiples services tout le long de la chaîne, affirme Samy Mulaj, secrétaire du Comité national de suivi et d’accompagnement de l’artisanat minier à Kolwezi. Il soutient que certains sont des services étatiques, d’autres non étatiques. En outre, certains individus s’improvisent sur la route pour prélever des taxes sans mandat, dit-il encore.

Au niveau des sites d’exploitation, la Division des mines et le Saemape interviennent notamment dans l’encadrement du secteur artisanal.

Cependant, à mesure que le minerai avance, d’autres services apparaissent. Sur certains sites artisanaux du Lualaba, l’Agence nationale de renseignement (ANR) délivrerait par exemple un procès-verbal de chargement. ”Il est facturé jusqu’à 50 dollars par camion. Le montant varie selon le minerai et le volume transporté », indique Ebuteli dans son rapport. Or, l’ANR n’a pas vocation à instituer une taxe sur le transport du minerai, rappelle cet institut de recherche.

La route, un espace de prélèvements multiples

Selon les témoignages recueillis auprès des creuseurs, sur un même trajet, il y a une succession de paiements. Le coût cumulé d’un passage pourrait atteindre 680 000 francs congolais, soit environ 240 dollars, voire au-delà. ”  Cela dépend notamment du nombre de barrières , des services et des sommes réclamées à chaque point de contrôle ”, indique Samy Mulaj.

Dans son rapport de 2023, l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) indique que pour un camion de 30 tonnes, seul le SAEMAP prélève jusqu’à 450 dollars. Ces multiples prélèvements ont un impact négatif sur les activités d’extraction artisanale. “ Nous nous rendons compte que le gros des bénéfices qui devait revenir à la coopérative minière va plutôt dans les poches des individus“, déplore encore Sammy qui dirige aussi la coopérative EMAK- C.

Le phénomène ne se limite pas aux dépôts ou aux centres de négoce. Il intervient également le long des routes empruntées par les camions transportant le minerai. Face à ces pratiques, le gouverneur du Haut-Katanga a , au mois d’avril dernier, décidé de démanteler plusieurs barrières illégales. C’est notamment celles érigées sur l’axe Kambove-Ditengwa et Kambove-Miringi. Mais ces postes illégaux de contrôle ont été réinstallés après le passage du gouverneur. Récemment, c’est l’administrateur du territoire de Kambove qui a procédé au démantèlement des mêmes barrières.

Le rapport de l’institut Ebuteli indique enfin que certaines de ces barrières sont attribuées à des éléments des renseignements militaires, à ceux de la 22ᵉ région militaire ou encore à des associations para-politiques telles que « Soutien à Fatshi ».