Culture- restitution: les communautés oubliées dans le débat ?

Culture- restitution: les communautés oubliées dans le débat ?

La restitution des objets culturels par les pays occidentaux suscite encore le débat en RDC. À Lubumbashi, chercheurs et artistes ont débattu pendant deux jours des réinterprétations artistiques et réappropriations communautaires. La rencontre était organisée par l’observatoire des pratiques culturelles de l’université de Lubumbashi. À l’instar d’autres conférences, les discussions se sont tenues en l’absence des communautés, véritables propriétaires d’objets culturels.

Des dizaines de chercheurs et d’artistes venus de Lubumbashi, de Kinshasa et de Belgique se sont réunis à l’université de Lubumbashi. Seul le chef traditionnel Axon Tumpa y a participé comme un des représentants des Batabwa du territoire de Moba. Le débat a tourné autour de la restitution des objets culturels tout en soulevant quelques questions. À qui seront-ils rendus ? Quelle est l’histoire derrière chaque objet ? Quels pourraient être les mécanismes de réappropriation des objets restitués ?

Cependant, la plupart des débats se déroulent en l’absence des véritables personnes concernées, déplore le professeur Placide Mumbembele de l’université de Kinshasa. ”La question de la restitution est très élitiste, politique et diplomatique. De plus, elle est devenue une construction purement scientifique”, dit-il. Pour ce professeur, les communautés n’ont pas la possibilité de s’exprimer. En outre, elles n’ont pas l’occasion de donner leur avis sur cette question. Conséquence :« tout le savoir, toute la spiritualité, toute la connaissance autour de ces objets sont mis à l’écart’‘, déplore-t-il encore.

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La restitution de 2022 sans consultation de la communauté ?

Un cas illustratif est celui de la restitution à la RDC par le roi des Belges en 2022 du masque Kakungu de la communauté Suku. En effet, cette restitution a été faite dans un contexte politique particulier, à savoir le voyage du roi Philippe en RDC.

Ce geste a été bien accueilli par le gouvernement congolais. Par contre, la communauté Suku ne l’a pas bien reçu. Pour elle, ce masque qui était utilisé dans les cérémonies de protection devait lui être rendu directement.

’ Nous réclamons notre masque Kakungu. En outre, personne n’a intéressé la famille’’, déclarait cette communauté. Pendant ce temps, le masque Kakungu avait été récupéré par le chef coutumier pourtant contesté par sa propre communauté. Par ailleurs, la cheffe des travaux Maguy du département d’histoire insiste sur la consultation des communautés. “Cela éviterait des contestations après la restitution“, a-t-elle indiqué.

 

Restitution d’État à État

Par ailleurs, si les discussions sur la restitution des objets culturels avancent en RDC, une autre question se pose. A qui ces objets seraient-ils rendus ? C’est notamment le cas du “crâne de Lusinga. S’il est restitué, serait-il conservé à Kinshasa, siège du pouvoir politique ?” Pour l’heure, le pouvoir est au centre du débat. En effet, la restitution doit se faire d’État à État. Ainsi, ce débat est engagé entre la République démocratique du Congo et la Belgique.

Cependant, le chef traditionnel Axon Tumpa a un avis assez tranché. Ces objets doivent retourner auprès des premiers propriétaires. “Les objets culturels étaient faits pour un usage précis. Aujourd’hui, on veut récupérer pour un usage muséal, ce n’est pas correct. Remettez-les là où ils doivent être, a -t-il dit d’un ton ferme.

S’agissant des restes humains tels que le crâne du chef Lusinga de la communauté des Batabwa, le chef Axon n’est pas allé par quatre chemins. « On a besoin de la tête de Lusinga pour exorciser la dynastie Lusinga,” a déclaré ce représentant de la communauté de Moba.

Ainsi, le chef Axon Tumpa estime qu’il faut plutôt parler de réhabilitation des communautés au lieu de restitution des objets. Un avis que soutient également Francesco Nchikala, acteur culturel à Lubumbashi. “ La réhabilitation, c’est un processus d’union, de rassemblement. C’est également une voie vers la  reconnexion entre les objets culturels et les communautés. Ce n’est pas une affaire politique. C’est un transfert d’usage des objets et pas simplement des objets”, dit-il.

Il faut dire que le ministère de la Culture a pris conscience de l’absence des communautés dans le débat sur la restitution. “Nous allons intégrer quelques chefs coutumiers au sein de la commission interministérielle mise en place.