RDC : les déchets, une ressource économique encore sous-exploitée
Et si les déchets pouvaient rapporter de l’argent au lieu de finir dans les rivières, les caniveaux ou les décharges sauvages ? La question a été au centre d’un webinaire organisé par le Réseau International médias environnement et énergie (RIME). Les échanges ont porté sur un sujet qui touche directement les villes africaines. Comment mieux gérer les déchets tout en créant une véritable économie autour de leur valorisation ?
À Kinshasa par exemple, le paradoxe est saisissant. Des centaines de millions de dollars circuleraient déjà chaque année dans les opérations de collecte primaire. Mais les déchets continuent pourtant d’être abandonnés dans la nature.
Selon Junior Tchiteya expert et l’un des panélistes de ce webinaire, les activités des collecteurs appelés “pousse-pousseurs” représentent entre 200 et 300 millions de dollars de chiffre d’affaires par an. Dans le même temps, la ville aurait besoin d’environ 150 millions de dollars par an pour gérer l’ensemble du système de collecte. “Il y a de l’argent, mais cet argent est mal organisé, mal utilisé “, a-t-il expliqué.
Le problème, selon lui, ne se résume donc pas au manque de moyens. Il relève surtout de la gouvernance.”Ce n’est pas un problème d’argent, c’est un problème de gouvernance”, a-t-il insisté. À cela s’ajoutent, selon lui, un déficit de modèle économique et une absence de culture de la salubrité.
Quand les déchets deviennent une matière première
Il faut alors changer de regard. Un déchet peut encore avoir une valeur après avoir été jeté. C’est précisément l’un des messages défendus pendant le webinaire. “ Dès lors que vous regardez que les déchets sont une ressource , leur valorisation devient une possibilité économique”, a encore expliqué Junior Tchiteya. Pour lui, les déchets présentent même un avantage particulier. Les ménages et les producteurs paient déjà pour qu’ils soient évacués.
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Dans les villes, des artisans récupèrent déjà des métaux pour fabriquer différents équipements destinés notamment aux activités agricoles. D’autres matières peuvent également être transformées. C’est notamment certains déchets biodégradables et agricoles. Pourtant, cette économie reste encore peu développée.
4%, le niveau de transformation des déchets
Au cours du webinaire, le niveau de transformation des déchets en Afrique a été estimé à 4 %. Effectivement, selon une analyse de l’UNEP citée dans un document de la Banque mondiale, l’Afrique ne recycle qu’environ 4 % de ses déchets plastiques. Dans le scénario étudié, la récupération de l’ensemble des déchets plastiques potentiellement valorisables pourrait représenter une valeur de 4,4 milliards de dollars par an. À l’inverse, environ 15,65 millions de tonnes de plastiques potentiellement récupérables seraient encore éliminées chaque année, soit une valeur estimée à 4,2 milliards de dollars perdue
Une question de gouvernance avant tout
Le débat ne porte donc pas seulement sur les poubelles ou les décharges. Pour Moutaïrou Badarou un autre panéliste de ce webinaire, il faut surtout revoir la manière dont les déchets sont gérés. “On peut mettre en place une politique, une stratégie de gestion des déchets pour contribuer au développement économique et social. Parce qu’une bonne gestion des déchets va contribuer à faire reculer la pauvreté “, a t-il insisté.
Junior Tchiteya insiste notamment sur une distinction importante. “ L’assainissement est un devoir public “, rappelle-t-il. Il s’agit d’assurer la salubrité. La gestion durable des déchets, elle, nécessite une stratégie permettant de considérer ces déchets comme une ressource.
Car si les déchets sont considérés comme une ressource, les acteurs qui les collectent, les trient, les transforment ou les recyclent deviennent des maillons d’une véritable chaîne économique. Or, cette chaîne reste encore mal organisée.
À Kinshasa ou ailleurs, les ménages paient pour faire évacuer leurs déchets, mais beaucoup ne savent pas ce qu’ils deviennent ensuite. Une enquête évoquée pendant le webinaire montre d’ailleurs que la destination des déchets reste inconnue pour une grande partie des personnes interrogées.
Donner un statut légal aux déchets
Une autre question s’impose alors . A qui appartiennent les déchets ? Pour l’un des panélistes, c’est le premier problème à régler.« La première décision, c’est de donner un statut légal aux déchets », a-t-il déclaré. Selon lui, si les déchets doivent être considérés comme une matière première, leur statut doit être clairement défini.
Une autre proposition a été avancée pendant les échanges .C’est celle de créer une agence nationale de gestion des déchets.

