66 ans d’indépendance : cuivre, cobalt, or…quel héritage pour les Congolais ?
Le 30 juin 1960, la République démocratique du Congo accédait à l’indépendance avec dans son sous-sol l’une des plus grandes richesses minières de la planète. Soixante-six ans plus tard, le pays s’est imposé comme un acteur incontournable de la transition énergétique mondiale grâce à son cuivre et à son cobalt. Pourtant, pour de nombreux Congolais, la promesse d’un développement porté par les ressources naturelles reste encore inachevée.
Cuivre, cobalt, coltan, or, étain, lithium, magnésium ou encore diamant. Peu de pays disposent d’une telle diversité de ressources naturelles. Depuis l’époque coloniale, l’exploitation minière constitue l’un des piliers de l’économie congolaise.
Aujourd’hui, la RDC produit plus des trois quarts du cobalt mondial. Le pays est également premier producteur africain du cuivre et du cobalt . La demande mondiale en minerais critiques, stimulée par la fabrication des batteries électriques et les technologies vertes, a renforcé davantage la position stratégique du pays.
Pour le gouvernement, cette richesse représente une opportunité historique de transformer l’économie nationale. Toutefois, cette ambition nécessite des investissements importants dans l’énergie, les infrastructures, la formation et la recherche.
Des recettes minières en forte progression après l’indépendance
Au cours des deux dernières décennies, la production industrielle de cuivre et de cobalt a connu une croissance spectaculaire, particulièrement dans le Haut-Katanga et le Lualaba.
La RDC représente environ 70 à 76 % de la production mondiale de cobalt, un minerai indispensable aux batteries des véhicules électriques et des smartphones. En 2025, le pays a produit plus 3 millions de tonnes de cuivre, le plaçant ainsi au 2ᵉ rang des producteurs mondiaux. Au cours de la même année, la RDC a produit près de 100 000 tonnes de cobalt, selon le ministère des Mines.
Les réformes du code minier, notamment celle de 2018, ont permis d’augmenter certaines taxes et redevances dues à l’État. Le FMI indique également que les revenus miniers annuels sont passés d’une moyenne de 4 milliards USD avant la réforme du Code minier à plus de 5,5 milliards USD après 2018. En 2025 par exemple, les recettes minières étaient chiffrées à plus de 8 000 milliards de CDF soit plus de 3 000 milliards USD.
Le paradoxe des provinces minières
En 66 ans d’indépendance, la production minière, notamment du cuivre, a été multipliée par dix. Elle est passée de 300 000 tonnes à 3 millions de tonnes. Cependant à Kolwezi, Likasi ou encore dans plusieurs territoires riches en minerais, les communautés locales se plaignent. Elles continuent de dénoncer le manque d’infrastructures de base.
Routes dégradées, accès limité à l’eau potable, insuffisance des structures sanitaires ou scolaires. Pourtant, le législateur a prévu qu’une partie des revenus miniers soit reversée directement aux communautés affectées par les projets extractifs.
Pour Elie Kadima, membre de la plateforme des organisations du secteur minier, les conditions de vie des Congolais ne se sont pas beaucoup améliorées. ” La RDC a réussi à capter les revenus du secteur minier, même ceux destinés aux communautés locales. Cependant, le pays connait un sérieux problème de gouvernance ”, dit-il. Pour lui, la réforme du code minier n’a pas encore permis le développement local.
Par ailleurs, le développement de l’industrie minière a eu des impacts négatifs tant sur l’environnement que sur les communautés. Ce qui a entraîné l’aggravation des violations des droits humains, déplore Frédérick Malu, coordonnateur de la plateforme Vision minière durable,VDM. C’est notamment la délocalisation des communautés, la pollution des sols, de l’air et des eaux.
L’artisanat minier, entre survie et formalisation
Au-delà de l’exploitation industrielle connue il y a 66 ans, l’exploitation artisanale s’est aussi développée. Elle fait vivre des centaines de milliers de Congolais. Dans plusieurs provinces minières, l’exploitation artisanale constitue souvent la principale source de revenus pour les ménages.
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Cependant, ce secteur reste confronté à de nombreux défis : conflits d’accès aux sites, conditions de travail précaires, travail des enfants dans certaines zones, difficultés d’accès aux Zones d’Exploitation Artisanale (ZEA) et faible accès au financement. Les 64 ZEA créées par le ministère des Mines attendent leur opérationnalisation.
66 ans après l’indépendance, le bilan de la gouvernance des ressources naturelles apparaît contrasté. En outre, le défi reste le même qu’en 1960. “Transformer cette richesse géologique en progrès social durable“, a déclaré a indiqué Elie Kadima de la plateforme POM.

