Diamant congolais : pourquoi l’artisanat domine la production?

Diamant congolais : pourquoi l’artisanat domine la production?

Le diamant congolais est largement produit par les exploitants artisanaux. Les statistiques officielles montrent que cette domination s’est renforcée au fil des années, jusqu’à atteindre un niveau particulièrement élevé au premier semestre 2026.
En 2020, l’exploitation artisanale et à petite échelle représentait déjà environ 8,52 millions de carats, sur une production nationale de 12,94 millions de carats. Elle pesait ainsi près de 66 % de la production, contre 34 % pour l’exploitation industrielle.
En 2021, l’écart s’est accentué. La production artisanale a atteint 9,21 millions de carats, contre 3,76 millions pour l’exploitation industrielle. L’artisanat représentait alors 71 % de la production nationale.

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La tendance reste visible en 2023. La production artisanale représente alors près de 80 % de la production nationale, avec 6,63 millions de carats, contre 1,72 million pour l’exploitation industrielle.
En 2024, la part de l’artisanat revient autour de 71 %. La production nationale atteint cette année-là près de 9,79 millions de carats, selon les statistiques annuelles du secteur.
Mais 2025 marque un nouveau creusement de l’écart. La RDC produit cette année-là 8,13 millions de carats. L’exploitation artisanale en fournit 6,91 millions, soit 85,02 %. L’industrie ne représente que 1,21 million de carats, soit 14,84 %. La production semi-industrielle reste marginale, avec 11 301,90 carats, soit 0,14 %.
La production industrielle est elle-même concentrée entre quelques sociétés. La SACIM assure 91 % de cette production, avec 1,10 million de carats. La MIBA en fournit 6 %, tandis que BIHSIU représente 3 %.
Du côté artisanal, le Kasaï-Oriental domine très largement. En 2025, la province produit 6,49 millions de carats, soit 93,94 % de toute la production artisanale nationale. Le Kasaï-Central arrive loin derrière avec 4,5 %.

Un écart presque total en 2026

Au premier semestre 2026, le déséquilibre atteint un niveau inédit dans la série étudiée.
Sur 2,97 millions de carats produits, 2,93 millions proviennent de l’exploitation artisanale. Cela représente 98,53 % de la production. L’industrie n’en fournit que 43 778,58 carats, soit 1,47 %. Le rapport de la CTCPM arrondit cette répartition à 99 % pour l’artisanat contre 1 % pour l’industrie.
Cette domination ne signifie cependant pas que la production artisanale progresse de manière régulière. Entre le premier et le deuxième trimestre 2026, elle chute de 1,98 million à 945 014,99 carats, soit près de 52 % de baisse. Selon la CTCPM, ce recul s’explique principalement par la forte diminution enregistrée au Kasaï-Oriental.
Les chiffres font donc apparaître une réalité nette : le diamant congolais repose aujourd’hui très largement sur l’exploitation artisanale.

Pourquoi ?

Depuis plusieurs années, l’artisanat a déjà supplanté la production du diamant en RDC. Pour la société civile du Kasaï-Oriental, une grande partie de la production artisanale proviendrait du périmètre industriel. “Au Kasaï-Oriental, les creuseurs pénètrent dans la concession de la Miba pour y exploiter du diamant”, explique Dieudonné Tshimpidibwa du conseil régional des organisations non gouvernementales (CRONG) Kasaï-Oriental. Il explique par ailleurs que dans cette région, les carrières artisanales atteignent une profondeur de plus de 42 mètres.

Dieudonné évoque un autre fait. “Il s’agit de ce que j’appelle un remplacement frauduleux. Dans une enquête que j’avais menée, j’avais découvert qu’on vole le diamant d’origine industrielle et on le canalise vers l’artisanat.” Pour lui, ce sont autant de raisons qui expliquent la suprématie.