Lualaba-SAEMAPE : les suspensions ne suffisent pas à mettre fin aux intrusions minières 

Lualaba-SAEMAPE : les suspensions ne suffisent pas à mettre fin aux intrusions minières 

La suspension de deux responsables du SAEMAPE relance le débat sur l’exploitation minière artisanale  et particulièrement dans la province du Lualaba en République démocratique du Congo. Pour CASMIA-G et l’IPDHOR, les sanctions ne régleront pas tout. Il faut aussi enquêter sur les responsabilités à différents niveaux et donner aux coopératives un accès légal aux zones d’exploitation artisanale.

Le 21 octobre 2026, le ministre des Mines, Louis Kabamba Watum, a signé deux arrêtés suspendant Jean-Paul Kapongo Kadiobo, directeur général du Service d’assistance et d’encadrement de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle (SAEMAPE), et Georges Nyembo Kitungwa, son directeur provincial au Lualaba. Dans l’arrêté visant ce dernier, le ministre lui reproche notamment de n’avoir pas pris les mesures nécessaires pour prévenir l’exploitation artisanale illicite dans les concessions minières. Le document évoque également l’installation irrégulière de services percepteurs dans ces périmètres.

Le lendemain, CASMIA-G a salué ces décisions dans sa dépêche nᵒ 032. Mais l’organisation estime que le ministère doit aller plus loin. Pour elle, la suspension des responsables ne suffira pas si les coopératives continuent de manquer d’espaces légaux pour exercer leurs activités. ” Ces suspensions auront davantage de sens si elles sont suivies de l’octroi des ZEA aux coopératives minières par le ministère des Mines. Sans cela, les intrusions risquent de continuer“, affirme l’organisation.

Mike Lameki, de CASMIA-G, insiste sur cette question. Selon lui, l’accès aux zones d’exploitation artisanale reste le problème de fond. “L’épineux problème reste l’octroi de ZEA. Ici, il s’agit d’une décision punitive pour mettre fin à l’hémorragie. Tant qu’il n’y a pas de ZEA, les intrusions continueront”, déclare-t-il.

Des enquêtes au-delà des deux responsables

CASMIA-G avait déjà alerté sur les activités minières dans les concessions industrielles. Dans un rapport publié en janvier 2025 sur le pillage présumé de minerais dans la concession de COMIDE, l’organisation mettait notamment en cause des actes attribués à certains représentants de l’État. “Le SAEMAPE […] délivre des documents dont l’usage se fait sur un périmètre concédé à COMIDE”, écrivait-elle.

Dans un rapport sur l’exploitation illégale, l’institut Ebuteli alertait sur ce fait. Dans son rapport du mois d’août 2026, cette institution, l’État, favoriserait l’illégalité  en percevant des taxes dans les périmètres non autorisés.

De son côté, Léonard Zama, de l’IPDHOR, demande aux autorités d’élargir les enquêtes. Il estime que les investigations ne doivent pas s’arrêter aux dirigeants suspendus, mais examiner aussi le fonctionnement du service sur le terrain.  “Ce n’est pas seulement le directeur provincial, mais également le directeur général. Moi, je pense que cette question, il faut aller même au bas niveau pour arriver à sanctionner tous ceux qui sont dans les réseaux“, déclare-t-il.

Pour lui, les autorités doivent aussi examiner le rôle des agents chargés d’encadrer les exploitants artisanaux. L’objectif, insiste-t-il, est de déterminer les responsabilités éventuelles à chaque niveau.