RDC: le test de Widal contre la typhoïde toujours utilisé pourtant peu fiable

RDC: le test de Widal contre la typhoïde toujours utilisé pourtant peu fiable

Le test de Widal est largement utilisé dans les structures de santé à Lubumbashi et en RDC pour diagnostiquer la fièvre typhoïde. Pourtant, ce test est considéré comme obsolète et peu fiable, notamment par l’OMS. Certains médecins craignent que son usage abusif fausse le diagnostic. Ce qui peut impacter négativement la prise en charge du malade. 

Dans de nombreux centres de santé de Lubumbashi, le test de Widal reste un réflexe presque automatique face à un patient présentant de la fièvre. C’est le cas de Mme Mbuyu. Récemment, elle a eu de la fièvre et parmi les examens prescrits par le médecin figure le Widal.  »On m’a demandé plusieurs examens médicaux et il y avait le Widal. J’étais testée positive. Ainsi, j’étais placé sous traitement. » Cependant, après la prise des médicaments, cette dame a refait l’examen de Widal et les résultats étaient toujours positifs. Le médecin a changé de médicaments et l’a placé sous d’autres antibiotiques.

Prescription médicale du test de Widal
Prescription médicale du test de Widal

Un autre malade témoigne qu’en arrivant à l’hôpital avec une forte fièvre, l’infirmier a recommandé le test de Widal.

« Le test de Widal est pratiqué parce que nous sommes dans une zone endémique », indique le docteur Anatole Nyembwe. Dès qu’un patient arrive avec de la fièvre, en plus d’autres examens, on lui prescrit souvent un test de Widal. C’est rapide et peu coûteux », explique ce médecin.

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Un test de Widal aux résultats contestés

Ce test sérologique, censé détecter la fièvre typhoïde, est pourtant critiqué depuis des années pour son manque de précision. En effet, le problème est bien connu des professionnels de santé : le test de Widal peut produire de nombreux faux positifs. Ainsi, un patient peut être diagnostiqué à tort comme souffrant de fièvre typhoïde, alors qu’il est atteint d’une autre infection.

« Le test de Widal n’est pas spécifiquement conçu pour détecter la présence de salmonella, l’agent responsable de la typhoïde » souligne le docteur Joseph Anovel, spécialiste en santé publique.

Selon les spécialistes, ce test est moins fiable car il détecte des anticorps qui peuvent persister longtemps dans l’organisme, même après une ancienne infection. Résultat : l’interprétation devient complexe, surtout dans des zones où les maladies infectieuses sont fréquentes.

« Vous pouvez être traité d’une typhoïde qui n’existe pas réellement », reconnaît le docteur  Joseph Anovel. « Cela entraîne une surconsommation d’antibiotiques et peut créer une résistance. En outre, elle peut retarder la prise en charge de la vraie maladie », dit-il. Il affirme par ailleurs que ce test n’est plus utilisé dans plusieurs pays, notamment en Occident.

 

Entre contraintes et réalités du terrain

Malgré ces limites, abandonner le test de Widal reste difficile en RDC, indiquent certains médecins. Dans plusieurs structures de santé de Lubumbashi, les autres tests de la fièvre typhoïde sont soit indisponibles, soit coûteux « À Lubumbashi, tous les laboratoires ne sont pas équipés pour pratiquer d’autres tests plus fiables. C’est notamment les hémocultures ou certains tests rapides modernes » souligne encore le docteur Joseph Anovel. Cet expert en santé publique indique aussi qu’il se pose un problème de formation . »La plupart des laborantins ne sont pas très outillés pour pratiquer les autres examens. »

De plus, ce personnel soignant affirme que le coût joue un rôle déterminant. Un test de Widal n’est pas cher. Il coûte généralement moins de 5$ dans les structures sanitaires de Lubumbashi . Par contre les autres examens sont un peu plus chers. Leur coût varie entre 20 et 40 $ indique le docteur Joseph Anovel.

Des habitudes bien ancrées

Au-delà des contraintes matérielles, les habitudes médicales contribuent également à la persistance du test. Introduit il y a plus d’un siècle, le test de Widal est encore enseigné dans certaines formations et reste ancré dans les pratiques quotidiennes.

« Plusieurs prescriptions du test Widal sont faites par routine« , déplore le docteur Joseph Anovel. Le Widal devient ainsi un principal critère de décision thérapeutique, ce qui pose problème, dit-il encore. Pour éviter des erreurs de diagnostic, cet expert en santé publique fait quelques recommandations. Il demande au personnel médical d’informer le patient de la nécessité ou non de faire un examen médical malgré le coût. Ensuite, il leur recommande de ne pas multiplier le nombre des prescriptions des examens médicaux pour le plaisir. Enfin, les patients devraient se détacher d’une habitude qui, sans un examen de Widal, ne peuvent pas guérir d’une fièvre.

Malgré que son coût soit à la portée de tous, le test de Widal reste peu fiable.