Lubumbashi : abandons de grossesse, Alter Ego propose un outil de preuve

Lubumbashi : abandons de grossesse, Alter Ego propose un outil de preuve

À Lubumbashi, l’ONG Alter Ego met sur la table une réalité peu documentée mais largement répandue. Il s’agit des grossesses abandonnées, des enfants sans filiation établie, ou encore de paternités niées puis revendiquées tardivement. Le 22 avril 2026, l’organisation a réuni magistrats, policiers, acteurs de l’état civil, défenseurs des droits et journalistes pour défendre une proposition concrète. Cette proposition est la création d’un bureau de « Déclaration parentale ».

Cette initiative découle de trois années d’enquête. “Nous avons collecté des statistiques sur les grossesses abandonnées, celles utilisées comme forme de chantage, les enfants abandonnés ou qui ne connaissent pas leur père », explique Maître Falonne, directrice de l’ONG. Le constat est sans équivoque. “ C’est un problème sérieux au sein de notre société ”, dit-elle encore.

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Cette situation est due au fait qu’en RDC la justice dépend de la preuve. Ainsi dans le cas des grossesses abandonnées, la preuve fait souvent défaut. Et comme il s’agit de personnes vulnérables, dont des jeunes mères abandonnées, des enfants sans identité claire ou des familles plongées dans des conflits de filiation. « La majorité […] ce sont des personnes les plus vulnérables« , insiste-t-elle. Elle évoque aussi “des hommes qui nient des grossesses et reviennent après pour réclamer les enfants”.

C’est ainsi que ces litiges sont réglés hors du cadre légal et souvent par des arrangements coutumiers. Pour Alter Ego, cette pratique laisse des préjudices non réparés et entretient l’impunité. « La fuite des responsabilités, c’est également une violation de loi », rappelle Maître Falonne.

Le bureau de « Déclaration parentale »

Pour cette ONG, le bureau de « Déclaration parentale » se veut une réponse directe à cette faille. Ainsi, ce bureau va documenter, tracer et constituer des preuves dès les premiers signalements. « Ce sera un bureau de traçabilité […] pour faciliter la constitution des dossiers », explique-t-elle. Ceci est une manière de créer, en amont, les éléments qui font défaut devant les juridictions.

L’enjeu dépasse le cadre judiciaire. Alter Ego insiste aussi sur les conséquences pour les enfants. Il s’agit d’une absence d’identité claire, de difficultés d’enregistrement à l’état civil ainsi que de la fragilité psychologique. « Faudra-t-il laisser cet enfant dans ce flou ? » interroge Falonne Kazadi.

Le futur bureau pourrait ainsi servir d’interface entre victimes et institutions, dont la police, le parquet, les tribunaux pour enfants, ainsi que les services d’état civil. Il permettrait de centraliser les signalements et d’appuyer les procédures judiciaires.” En documentant les cas dès le départ, le bureau pourrait lever cet obstacle et faciliter, à terme, l’action judiciaire.

À l’issue de la table ronde, les participants ont approuvé le principe. Ils ont par ailleurs signé un cadre de collaboration pour étudier sa faisabilité. Reste désormais à traduire cette volonté en mécanisme concret.