Lubumbashi -Marché Mzee: les commerçants entre peur et résignation
Depuis la semaine dernière, les commerçants du marché Mzée à Lubumbashi vivent avec une échéance en tête. Le gouvernement provincial leur a accordé une semaine pour quitter le marché. Car les autorités projettent d’y construire un marché moderne. Ainsi, les vendeurs vivent dans la peur et l’incertitude. Cependant, ils ne baissent pas le bras.
Ce mercredi 22 juillet dans la matinée, au marché Mzee, le temps semble s’arrêter. Les clients continuent de circuler entre les étals. Les vendeurs, eux, parlent moins de leurs marchandises que de leur avenir. À chaque coin, la plupart s’interrogent sur leur avenir.
Béa, la cinquantaine, agite sans relâche son chasse-mouches au-dessus de son étal de poissons. D’un geste devenu machinal, elle tente d’éloigner les insectes. Mais aujourd’hui, son regard est ailleurs. Plus que les mouches, c’est l’avenir de son commerce qui la préoccupe. “Où irons-nous ?” s’interroge-t-elle.
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Un peu plus loin, Jeanne vend des épices. Sur son visage, le sourire commercial a disparu. « Je dois trouver un autre endroit », dit-elle d’un air résigné. Sa voisine, quant à elle, cherche à conserver sa clientèle. “J’ai désormais un carnet où je note les numéros de mes clients. Je pourrais leur indiquer où je serai“, dit-elle.
Entre détermination et scepticisme
Pour de nombreux vendeurs, cette décision est tombée comme un coup de massue. Certains affirment avoir découvert le projet il y a seulement quelques jours. Ils disent n’avoir reçu aucune information sur un éventuel site de relocalisation.
D’autres refusent encore d’y croire. “C’est un mensonge, nous ne quitterons pas ce marché”, explique avec conviction Marie, une vendeuse de légumes. “Ce projet ne date pas d’aujourd’hui, nous ne partirons pas“, renchérit Kabi, sa voisine d’étals et vendeuse de légumes aussi.
Plus loin, Josianne, vendeuse de pommes de terre, ne veut pas se laisser abattre. “La mairie nous a rassurés que le marché ne sera pas démoli”, explique-t-elle. “D’ailleurs, ce vendredi nous irons à l’Assemblée provinciale pour exiger de nos élus qu’ils agissent en notre faveur“, dit-elle encore.
L’angoisse gagne aussi les taximens et les petits vendeurs des emballages. “Je ne sais pas où j’irais parquer ma voiture”, regrette Jean, un chauffeur de taxi. “Ici nous avions une clientèle sûre”, dit-il encore.
Fiston, 13 ans, ses emballages dans une main et des colis d’une cliente dans une autre main, est plus qu’inquiet. “Mon petit commerce mais aussi les charges que je transporte me permettent de soutenir ma mère.” Qu’allons-nous devenir ?
Le gouverneur plus que déterminé
Si certains marchands espèrent un revirement de la part de l’autorité provinciale, de son côté Martin Kazembe, gouverneur intérimaire du Haut-Katanga, est plus que déterminé à moderniser le marché Mzée. Lors d’une conférence de presse organisée le 21 juillet pour dresser le bilan d’une année de gouvernance, il a assuré que la modernisation du marché Mzée Laurent-Désiré Kabila est déjà financée et que toutes les procédures de passation de marché ont été finalisées.
L’autorité provinciale promet la construction d’un marché moderne de trois niveaux, avec un parking de plus de 300 places et un système de lutte contre les incendies répondant aux normes internationales. Selon lui, cette infrastructure permettra d’accompagner la croissance de Lubumbashi, de réduire la prolifération des marchés pirates et d’offrir de meilleures conditions de travail aux commerçants. Il a également affirmé que les vendeurs actuellement installés sur le site seront recensés par la mairie et bénéficieront d’une priorité pour obtenir un emplacement à l’issue des travaux.

