Kongo Central : Human Right alerte sur l’accentuation des pollutions pétrolière à Muanda
Un rapport publié par Human Rights Watch relance l’alerte sur l’accélération de pollutions pétrolières à Muanda de Perenco dans la province de Kongo Central. Après plusieurs mois d’enquête, l’organisation estime que les activités de la compagnie pétrolière Perenco exposent les populations voisines à des risques sanitaires et environnementaux. Le document publié le 27 juillet 2026 décrit une pollution de l’air, des sols et des eaux autour des installations pétrolières.
À Kinkazi, Tshiende ou encore Liawenda, plusieurs familles vivent à proximité des infrastructures pétrolières. À quelques mètres des puits de pétrole, les habitants disent avoir appris à vivre avec les flammes. Le jour, elles s’élèvent au-dessus des installations. La nuit, elles éclairent le ciel. Pour beaucoup, elles sont devenues le symbole d’une pollution qui dure depuis des années. “Nos communautés de Muanda continuent de subir les dégâts de l’exploitation pétrolière.” Ce rapport vient donc d’éclairer les désastres que nous subissons au quotidien et nous continuons à dénoncer ». Explique, Alphonse Khonde, « le coordonnateur de l’ONG CAADD (Cadre d’acteurs et d’action pour le développement durable).
Le pétrole qui détruit les vies ?
Selon Human Rights Watch, du gaz continue d’être brûlé sur plusieurs sites de production. Cette pratique, appelée torchage, produit différents polluants atmosphériques. Les habitants racontent leur quotidien. Certains parlent d’une odeur de gaz permanente. D’autres évoquent des yeux irrités, des toux persistantes, des maux de tête ou des difficultés respiratoires. Des professionnels de santé interrogés par l’organisation affirment également constater davantage de maladies. C’est particulièrement dans les villages proches des installations pétrolières.
Mais les inquiétudes ne s’arrêtent pas à l’air. Le rapport évoque aussi des déversements de pétrole dans les sols et les cours d’eau. Lors des fortes pluies, expliquent plusieurs riverains, le pétrole s’écoulerait hors des puits ou des pipelines avant d’atteindre les rivières. Ces eaux servent pourtant à la baignade, à la pêche et aux activités quotidiennes.
Des images analysées par Human Rights Watch montrent également des traces de pétrole autour de plusieurs puits ainsi que des pipelines présentant des signes de dégradation. Deux études scientifiques, publiées en 2013 et 2025, signalent par ailleurs la présence d’hydrocarbures et de métaux lourds dans l’environnement de Muanda.

Les déchets pétroliers hors surveillance
L’enquête pointe également une installation où seraient brûlés certains déchets issus des opérations pétrolières. Les habitants de Kinkazi affirment que la fumée atteint régulièrement leur village, surtout la nuit. Selon Human Rights Watch, ces émissions peuvent contenir des particules fines et d’autres substances susceptibles d’affecter la santé humaine. C’est par exemple dans la ville de Muanda où les torchères continuent de brûler.
L’organisation Notre Terre Sans Pétrole ne lâche pas et exige également la publication des audits environnementaux. « Nous voulons la fin du torchage routinier, une surveillance indépendante de l’air, de l’eau et des sols. Sans oublier la dépollution des zones affectées et les réparations des dommages subis par nos communautés ». A dit Bienfait, chargé de communication de l’organisation.
Par ailleurs, le gouvernement congolais a commandé un audit environnemental des activités de Perenco en décembre 2024. Près de deux ans plus tard, les conclusions ne sont toujours pas rendues publiques. De son côté, Human Rights Watch rappelle que la protection de la santé et de l’environnement relève aussi de la responsabilité de l’État.
« Le gouvernement congolais devrait immédiatement publier les conclusions provisoires de l’audit environnemental portant sur la concession. Mais également divulguer toutes les données de surveillance environnementale ». A déclaré Agathe Bounfour, chercheuse principale sur les combustibles fossiles au sein de Human Rights Watch. « Les résidents des communautés ont le droit de connaître l’étendue de la pollution dans leur environnement et les risques pour leur santé ».
Depuis le 10 avril dernier, les leaders des communautés avaient mis en place l’initiative Stand Up Muanda. Ils avaient déposé un mémorandum aux autorités politiques et à l’entreprise sans aucune réponse. Par contre l’entreprise Perenco Contactée par l’organisation, rejette les accusations. Toutefois, elle affirme que ses activités ne sont pas responsables des pollutions décrites dans le rapport. Elle soutient par contre avoir réduit le torchage sur plusieurs sites. Mais aussi ses investissements dans des actions de protection de l’environnement et développé des projets sociaux. C’est notamment dans le domaine de la santé.

