RDC: actionnariat congolais dans les sociétés minières, entre espoir et inquiétude
A la veille de l’entrée en vigueur de l’actionnariat congolais dans les mines, des nombreuses zones d’ombre persistent. Les syndicats et la société civile saluent la réforme. Cependant , ils exigent plus de transparence dans le processus de cession des actions.
À partir du 1er août 2026, les sociétés minières opérant en République démocratique du Congo devront réserver 10 % de leur capital social aux Congolais. En effet , cette exigence est conforme aux dispositions du Code minier.
Le dispositif prévoit que 5 % du capital social reviennent à des personnes physiques congolaises. En outre, les 5 % restants sont destinés aux travailleurs congolais des entreprises minières.
Depuis janvier 2026, le ministère des Mines a multiplié les démarches pour accélérer l’application de cette disposition. Les entreprises minières sont appelées à s’y conformer. Sinon, elles encourent des sanctions.
Pour Léonide Mupepe, chercheur spécialisé dans le secteur minier, l’orientation générale de la réforme est positive.
« Toute réforme qui vise à donner du pouvoir aux nationaux pour participer à la gestion des ressources naturelles du pays est une bonne chose. »
Les syndicats attendent des règles d’application claires
Si les travailleurs figurent parmi les principaux bénéficiaires de la réforme, les modalités pratiques demeurent floues.
Les organisations syndicales s’interrogent notamment sur les critères d’éligibilité. Tous les salariés congolais seront-ils concernés ? De plus, les travailleurs sous contrat à durée déterminée seront-ils inclus ? Qu’en sera-t-il des employés des entreprises de sous-traitance qui travaillent de manière permanente sur les sites miniers ?
Autant de questions qui, selon Kapenga Kandolo, secrétaire général adjoint de la Conscience des travailleurs et paysans du Congo (CTC), doivent être clarifiées avant toute mise en œuvre.
« Notre préoccupation est de savoir quels travailleurs seront concernés. En outre, comment seront réparties les parts sociales. Enfin , qu’adviendra des droits d’un employé lorsqu’il quitte l’entreprise? »
Ce responsable syndical estime par ailleurs que l’idée est pertinente. Il regrette par contre que les entreprises minières n’aient pas encore présenté de mécanismes concrets. La CTC prévoit d’inscrire cette question parmi les priorités de ses prochains cahiers de revendications.
Le coût des actions inquiète
Au-delà des modalités pratiques, une autre question préoccupe les acteurs du secteur .
En effet, dans plusieurs grandes entreprises minières, les capitaux sociaux atteignent plusieurs dizaines de millions de dollars.
À titre d’exemple, Kamoto Copper company, KCC dispose d’un capital social de 100 009 480 dollars américains.
Glencore détient 70 % des parts. 25% reviennent à la Gecamines tandis que l’Etat congolais en a 5%.
Jean-Pierre Okenda, directeur de l’organisation La Sentinelle des ressources naturelles alerte sur le risque qui guette le pays. Il craint que seuls quelques acteurs très fortunés ou politiquement influents puissent profiter de l’actionnariat congolais.
« Le capital minimum d’une société minière représente aujourd’hui environ 40 % du coût total du projet. De ce fait, les montants nécessaires sont largement inaccessibles pour la majorité des particuliers congolais. »
Selon lui, cette réalité financière pourrait empêcher une véritable démocratisation de l’actionnariat congolais.
La société civile réclame davantage de transparence
Au-delà de la question financière, plusieurs organisations estiment que la réussite de cette réforme dépendra également de la transparence.
Elles demandent au gouvernement de mettre en place un registre national des bénéficiaires effectifs . Ceui- ci permet d’identifier les véritables propriétaires des actions et d’éviter le recours à des prête-noms.
Pour Murielle Mwambay, chargée des programmes au sein de l’Ong La Sentinelle, même les actionnaires congolais qui detiendront les 10 % du capital social ,seront connus.
« Le registre des bénéficiaires effectifs permettra justement de vérifier qui en sont les véritables bénéficiaires, » dit-elle.
Me Emmanuel Umpula, directeur de l’ong Afrewatch propose au ministère des mines d’élargir le cercle des discussions.
“Je propose un dialogue ouvert entre parties prenantes. L’objectif est d’élaborer une stratégie collective sur les conditions d’accès de travailleurs et de congolais aux capitaux sociaux des entreprises.”
Par ailleurs, ce dialogue permettra aux participants de réfléchir sur les mécanismes permettant aux congolais d’avoir les moyens financiers pour acheter les actions dans les sociétés minières.
Du côté du ministère des mines, un projet de décret portant sur les mécanismes d’application est en cours d’élaboration.

