RDC: entre accès à l’électricité et rentabilité

RDC: entre accès à l’électricité et rentabilité

Comment électrifier des milliers de villages sans décourager les investisseurs qui financent les infrastructures énergétiques ? La question a animé les débats lors de la DRC Mining Week, où représentants du secteur privé et autorités publiques ont confronté leurs visions autour d’un même objectif . Celui d’ apporter davantage d’électricité aux Congolais.
Au centre des échanges figure une disposition de la loi sur l’électricité. Celle-ci  impose aux producteurs privés de réserver 10 % de leur production aux populations locales. Pour Éric Monga, président de la Fédération des entreprises du Congo (FEC), l’objectif est louable. Mais sa mise en œuvre pose plusieurs défis sur le terrain. “À chaque situation, il faut créer un modèle. À chaque événement, créer un compromis entre l’État, la population et l’investisseur “, a-t-il expliqué devant les participants.
L’entrepreneur prend l’exemple d’un projet énergétique implanté dans une zone éloignée comme Manono. Une centrale peut produire plusieurs dizaines de mégawatts alors que les besoins des populations voisines restent limités .”La population ne peut même pas consommer 1 MW, mais je produis 150 MW. À qui vais-je donner les 15 MW ? “, s’est-il interrogé.
Pour lui, la question n’est pas seulement technique. Elle touche également à l’équilibre financier des projets. Selon Éric Monga, les investisseurs doivent démontrer une rentabilité suffisante pour convaincre les banques de financer de nouvelles infrastructures.” Les marges sont petites dans l’énergie. Entre 10 % et 12 %. Si vous êtes à 12 %, on ne va pas vous prêter l’argent “, a-t-il souligné.
D’après lui, sans mécanisme adapté, certaines obligations pourraient compliquer le financement de projets pourtant nécessaires au développement du pays.

Le gouvernement  rassure

Face à ces préoccupations, le ministre des Ressources hydrauliques et Électricité  Aimé Sakombi Molendo a assuré que le gouvernement travaille déjà sur les modalités d’application de cette disposition. ” Nous sommes en train de travailler sur les mesures d’application :, a-t-il déclaré.

Lire aussi: Haut-Katanga: Sakania, Mokambo, Kasenga et Pweto sans électricité

L’exécutif envisage notamment un système impliquant la Société nationale d’électricité (SNEL). L’énergie destinée aux populations pourrait être injectée dans le réseau public le plus proche, puis redistribuée par l’entreprise publique. “La SNEL vous paye. Et c’est la SNEL qui va maintenant répartir les 10 % “, a expliqué le ministre. Selon lui, cette approche permettrait d’éviter que l’électricité produite dans certaines zones reste inutilisée faute de consommateurs à proximité.
Le ministre a également insisté sur la nécessité d’un dialogue permanent entre l’État et les opérateurs privés. ” Il faut vraiment que le secteur privé travaille avec l’État. Il ne faut pas voir l’État comme un obstacle “, a-t-il plaidé.

Le défi

Au-delà de la question des 10 %, les échanges ont rappelé l’ampleur du défi énergétique auquel la RDC est confrontée.
Malgré son important potentiel hydroélectrique, une grande partie du territoire reste peu ou pas desservie en électricité. “Nous avons 78 000 villages à électrifier “, a rappelé le ministre.
Pour les autorités, l’implication du secteur privé est indispensable pour atteindre cet objectif. Pour les investisseurs, la réussite passera par des règles claires et des mécanismes capables de concilier intérêt public et viabilité économique.