Lubumbashi: les enfants en rupture familiale vont ils quitter la rue ?

Lubumbashi: les enfants en rupture familiale vont ils quitter la rue ?

Du 21 au 28 septembre, le gouvernement provincial du Haut-Katanga mène la campagne « La rue n’a pas d’enfants » pour lutter contre la présence des enfants dans les rues de Lubumbashi. Les parents reconnus responsables d’un abandon volontaire pourront faire l’objet de poursuites judiciaires. Les enfants sans foyer seront, quant à eux, orientés vers des structures de protection et d’encadrement. Sur le terrain, les témoignages recueillis montrent aussi que plusieurs enfants présents dans les rues de Lubumbashi ne sont pas originaires de la ville.

Sur les avenues Ruwe, Kabomve et Kamanyola, ainsi que devant l’hôtel de ville et le parquet, des enfants en rupture familiale sont visibles. Certains viennent d’autres villes ou provinces et expliquent être arrivés à Lubumbashi après avoir quitté leur milieu familial. Par exemple sur l’avenue Ruwe, non loin du collège Imara, trois garçons âgés d’environ 16 ans ont accepté de raconter leur parcours. Tous affirment être venus d’ailleurs.

Deux d’entre eux disent être originaires de Likasi. Jean raconte avoir perdu son papa. Sa mère s’était remariée et, avec le temps, le mari de sa mère l’a chassé de la maison. Sans autre endroit où aller, il affirme s’être retrouvé dans la rue. “Ça ne sera pas possible pour moi de rentrer chez nous. Je viens de Likasi et à la maison on acceptera plus de m’accueillir”, dit-il.

Aristote rapporte une situation différente. Il dit avoir quitté la maison après avoir volé. Selon lui, la punition qui l’attendait était lourde. Il craignait également qu’en rentrant chez lui, il soit à nouveau renvoyé. De plus, ce jeune garçon affirme être au courant de la campagne lancée par les autorités provinciales.

« Moi j’avais volé et ce n’était plus possible de rentrer. On avait promis de brûler les doigts. En venant ici à Lubumbashi, nous étions nombreux. On s’était cachés dans un camion jusqu’à arriver ici. Et depuis hier, les policiers nous ont dit qu’on va commencer à nous arrêter pour nous amener dans nos familles », explique-t-il.

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Des enfants venus d’autres provinces

Louis, un autre garçon rencontré sur l’avenue Ruwe, vient, lui, du Kasaï. Il raconte être d’abord arrivé à Kolwezi, avant de poursuivre son parcours jusqu’à Lubumbashi. Il indique qu’il était venu avec toute sa famille à Kolwezi d’abord. Cependant, chacun est parti de son côté, il n’a plus de nouvelles de ses frères et sœurs. « Je n’ai aucun endroit où vivre. Chez nous c’est à Mbuji Mayi, comment je vais rentrer », dit-il.

Ces témoignages montrent que certains enfants présents dans les rues de Lubumbashi ne sont pas originaires de la ville. Leur arrivée intervient, selon leurs récits, après des ruptures familiales, la perte d’un parent ou le rejet du milieu familial.

La société civile reste sceptique.

Par ailleurs, un acteur de la société civile estime que cette campagne n’est pas une première. D’après lui, cette démarche n’aura pas d’impact positif. Il rappelle que des initiatives similaires ont déjà été menées par le passé. Il cite par exemple le cas des enfants qui avaient été accueillis dans une maison à Karavia, qui avaient pris la fuite et étaient retournés dans les rues.

Pour cet acteur, le retrait des enfants des rues ne suffit pas. Il faut également leur assurer un hébergement, un encadrement et un suivi durable.« Ce n’est pas la première fois qu’on fait cette campagne. Il faut surtout penser à ce qui va se passer après. Si on retire ces enfants de la rue sans leur trouver une solution durable, ils risquent d’y retourner ».

De plus, il évoque par exemple le projet de six maisons qui auraient été réservées pour accueillir les enfants en rupture familiale. Ces maisons d’accueil étaient placées dans la commune Kenya, au quartier Karavia, ainsi que dans la commune de la Ruashi. Il affirme toutefois ne pas savoir où le projet s’est arrêté ni pourquoi.