Lubumbashi: la société civile sur les traces de l’arrestation de Raphael Mututa
Une semaine après l’arrestation du notable katangais Raphaël Mututa à Lubumbashi, dans la province du Haut-Katanga, les forces vives de la société civile ont entamé, ce lundi 20 avril 2026, une série d’activités. Leur objectif, connaitre les mobiles de l’arrestation et plaider pour la libération de l’ex-président de la fondation katangaise.
Dès les premières heures de la matinée, les acteurs de la société civile se sont rendus au ministère provincial de l’Intérieur. Ensuite, ils ont poursuivi leur démarche au siège de la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH). Enfin, ils ont prévu de saisir le bureau du Haut-Commissariat aux droits de l’homme.
Au ministère de l’Intérieur, la délégation voulait obtenir des explications officielles sur les motifs de l’arrestation de Raphaël Mututa et sur les services impliqués. Cependant, sur place, seuls les agents de sécurité ont accueilli les membres de la société civile. Ces derniers leur ont indiqué qu’aucune autorité n’était disponible pour les recevoir.
Face à cette absence, la délégation s’est dirigée vers la CNDH. Sur place, Joseph Kongolo, coordonnateur provincial, a reçu les représentants de la société civile. Dans la salle de réunion, le ton est resté ferme. Le team leader de la thématique gouvernance, paix et sécurité, Bertin Tshoz, a présenté l’objectif de la démarche. « Nous voulons voir le parquet se prononcer sur cette affaire », a-t-il déclaré.
Dans la foulée, François Awazi, membre de la délégation a dénoncé les circonstances de l’interpellation. Il a rejeté la thèse d’une arrestation régulière. « Nous condamnons cela avec la dernière énergie. Nous exigeons de connaître les mobiles et le lieu de détention de Raphaël Mututa », a-t-il insisté.
Une mobilisation qui s’élargit
Par ailleurs, les structures féminines ont pris la parole. La présidente de la Société civile du Congo (SOCICO), Jacqueline, accompagnée d’organisations de défense des droits des femmes, a exprimé son inquiétude. Elle s’interroge sur la situation sécuritaire dans la province.
« Notre constat est amer. Nous assistons à la disparition de hautes personnalités katangaises. Dans un pays démocratique, un notable ne peut pas être arrêté avec brutalité », a-t-elle déclaré. De leur côté, les représentants des enfants de chefs coutumiers ont soutenu cette position. Ils ont appelé à la libération immédiate des personnes arrêtées.
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La CNDH rassure
Après avoir écouté les différentes interventions, Joseph Kongolo , coordonnateur de la CNDH a pris la parole. Il a expliqué que plusieurs organisations de défense des droits de l’homme ont déjà saisi la CNDH. Ces structures ont signalé l’arrestation de Raphaël Mututa, mais aussi celle du fils du feu Kyungu wa Kumwanza. Selon lui, la CNDH suit de près ce dossier. Toutefois, il a invité la société civile à élargir son champ d’attention. « Il ne faut pas se focaliser uniquement sur un cas. D’autres personnes ont été arrêtées le même jour dans le restaurant où se trouvait Raphaël Mututa », a-t-il précisé.
D’après les informations recueillies sur place, Raphaël Mututa aurait d’abord été détenu à Kimbe-Imbe. Depuis, aucune source officielle ne confirme son lieu actuel de détention. Cette incertitude alimente les inquiétudes.
Passage à l’Assemblée provinciale et révélations préoccupantes
Après cette étape, la délégation s’est rendue à l’Assemblée provinciale du Haut-Katanga. Sur place, elle a été reçue par le président de l’institution. Selon Bertin Tshoz, ce dernier a pris acte des préoccupations exprimées par la société civile.
« Il nous a dit qu’il travaille aussi pour la paix et qu’il va faire sa part de responsabilité en tant que président de l’Assemblée provinciale », a rapporté Bertin Tshoz.
Le président de l’Assemblée a également indiqué qu’il n’était pas le décideur direct dans ce dossier. Toutefois, il a promis de s’informer davantage et de relayer les préoccupations auprès des instances compétentes, notamment à Kinshasa.
Il a insisté sur la nécessité de préserver un climat de paix dans un contexte qu’il juge difficile.
De son côté, la société civile a demandé au président de l’Assemblée provinciale de faire entendre sa voix auprès des autorités nationales afin d’obtenir la libération des personnes arrêtées et de rétablir un climat apaisé.
Des informations recueillies auprès des familles
Selon les informations recueillies auprès des familles des victimes, les personnes interpellées auraient été arrêtées par un groupe composé de militaires et de civils.
« On nous a rapporté que ces personnes ont été arrêtées de manière brutale, certaines dans un restaurant, d’autres même dans un bus en partance vers Likasi », a rapporté Bertin Tshoz.
Plus grave encore, des allégations de mauvais traitements émergent. « On nous a révélé que Raphaël Mututa et les autres arrêtés ont été torturés. Ils ont été déshabillés, humiliés et privés de leurs effets personnels », a déclaré Bertin Tshoz.
Selon les mêmes sources, l’état de santé de Raphaël Mututa serait préoccupant. « Il serait actuellement très malade », a-t-il ajouté.
Face à ces révélations, la société civile maintient sa pression pour obtenir la vérité, la fin des traitements inhumains et la libération sans condition des personnes détenues.

